Violée par mon oncle: Témoignage SIA

En août 1982, je me suis faite violer par mon oncle dans le pavillon voisin de celui de mes parents.

A l’âge de 44 ans j’ai mis des mots sur ce qui m’est arrivé dans mon enfance. Avant je minimisais l’événement, je considérais cela comme des attouchements sans gravité. La plupart du temps, j’avais oublié cet événement. A l’âge de 30 ans j’ai déménagé pour aller travailler dans la ville voisine. C’est à cette période que j’en ai parlé pour la première fois à un psychiatre. Il m’a seulement dit : “il y a prescription, vous ne pouvez pas porter plainte”. Je ne sais pas si c’était vrai, en 2001, 20 ans après… Je pense maintenant que les médecins que j’ai consulté dans ma vie devinaient, et ne soignaient pas. J’en étais pourtant malade avec des impacts importants à tous les niveaux. Maintenant avec les SIA, j’apprends à exprimer ma colère, et ça va bien finir par aller mieux. Depuis mon arrivée à SIA en novembre 2017, je prends soin de moi. Je ne suis plus seule, c’est un soulagement.



Pour savoir si SIA est pour vous, vous pouvez tout d’abord répondre aux 20 questions de SIA. Comment définit-on l’inceste à SIA, ou quelles sont les caractéristiques des survivants d’abus sexuel? D’autre part, vous pouvez aussi commander des publications, ou bien lire nos témoignages.  Assister à une réunion, ou encore découvrir notre programme en 12 étapes. Vous pouvez enfin consulter les questions fréquentes ou nous écrire.


Viol étant bébé, par le mari de ma nourrice : Témoignage SIA

J’ai rejoint les Survivants de l’Inceste Anonymes il y a maintenant un an et demi.

Cela faisait quatre mois que j’étais sortie d’amnésie traumatique, c’est à dire que les faits s’étaient révélés à moi (le corps les gardant en mémoire) et que je les avais entendus. J’ai été victime de viol quand j’étais bébé par le mari de ma nourrice. C’est un cas auquel on pense peu. Je n’y aurais pensé. Jamais. J’adorais cet homme. Il était comme un grand père pour moi. Quand je suis sortie d’amnésie, je me suis sentie libérée!

Enfin, j’avais l’assurance que je ne deviendrai pas folle car mes souffrances avaient une origine et je m’autorisais à les regarder, je sortais du déni.

Malheureusement, quelques mois plus tard, j’ai douté de cette révélation.

Je ne me croyais plus. Je me réveillais en me traitant de menteuse et m’endormais de même. “Tu fous vraiment la m**** pour tes proches avec ton secret dévoilé au grand jour!”. Voilà ce que je me disais.

J’ai tourné en rond jusqu’à ce que je participe à un meeting des Survivants. Quand j’ai entendu les partages des autres survivants, mes doutes se sont envolés. Les ressentis des autres survivants présents au meeting ou dans les textes faisaient écho chez moi. je m’autorisais à valider mes ressentis.

Pourtant, à cette époque j’étais déjà en thérapie. Cependant je transférais mon doute sur mes thérapeutes et les menais en échec pour me prouver que je devais mentir. Rien qu’en lisant le guide de modération, j’avais le sentiment d’être entendue. Lorsque les participants ont débuté leurs partages sur les conséquences de l’abus et la manière dont ils les traversent, je me suis sentie exister:

“Voilà un endroit où je n’ai pas à cacher mes pensées, mes stratégies de survie. Ici je suis en sécurité”.

Les Survivants [de l’Inceste] sont anonymes pour assurer cette sécurité. Tout ce qui est dit lors des meetings est confidentiel, et n’est pas commenté directement. L’image que j’associe aux meetings est celle d’un coffre fort. Et vivre ma semaine en sachant qu’il y aura cet espace sécure où je pourrais déposer ce que je vis lié à l’inceste me soulage et me permet de me concentrer sur mes projets de vie.

Le meeting auquel je participe et sers est en conférence téléphonique. Aussi j’avais l’appréhension de ne pas me sentir faire partie d’une communauté, que le sentiment d’isolation persiste. Finalement, à se retrouver de semaine en semaine, à suivre l’actualité des uns et des autres au fil des partages, un sentiment d’appartenance se crée.

Cela m’a donné l’envie de prendre du service. Prendre du service cela signifie s’occuper d’une ou plusieurs tâches qui permettent à l’association de tourner. Cette nouvelle étape m’a permise de trouver une place à l’inceste dans ma vie. Une place, pas toute la place.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup de gratitude

pour le support que j’ai reçu simplement par l’écoute. J’ai aussi de la gratitude envers moi-même d’avoir fait ce pas si courageux de participer à mon premier meeting.

Si vous hésitez à participer ou si vous préférez vous dire que l’inceste finalement n’a pas ou si peu d’impact dans votre vie, je vous invite à lire le guide de modération puis de revérifier cette position.


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Inceste, déni, et mémoire du corps: Témoignage SIA

J’avais environ 16 ans quand ma sœur préférée m’a questionnée sur Papa et sa sexualité.

J’ai éludé, gênée. On n’en a plus reparlé pendant 14 ans.

J’avais environ 30 ans quand elle a parlé des agissements sexuels de Papa à son égard, et mes 3 autres frères et sœurs ont alors parlé, eux aussi. Mais toujours pour dire que c’est rien, c’est du passé, pour minimiser. Je me croyais la seule indemne de ces comportements incestueux. Moi, je me faisais juste enguirlander à tout bout de champ, et je croyais que c’était tout, et que c’était juste normal : j’étais trop nulle, trop tarée, trop « malade mentale » et coupable de « m’y complaire », me répétait-on en famille…

J’avais 36 ans quand j’ai arrêté de boire, 42 ans quand j’ai arrêté de fumer. Ces deux abstinences, obtenues grâce au soutien de Fraternités en 12 étapes, avaient beau être devenues confortables,

je me heurtais encore et toujours aux mêmes symptômes:

  • Pulsions suicidaires envahissantes (2 passages à l’acte reconnus comme tels, l’un à 16 ans, passé sous silence et occulté par mes parents, l’autre à 40 ans, m’ayant valu une HDT et 2 mois de clinique);
  • Hypersomnie occupant tous mes loisirs et m’empêchant de vivre et profiter de la vie;
  • Angoisses perpétuelles, à propos de tout et de rien, invalidantes, elles aussi; dépression;
  • Hyper-émotivité, dépendance affective, haine de moi, haine de la vie;
  • Idéalisme forcené pour contrebalancer, statut de victime à répétition;
  • posture de bouc émissaire où que je me trouve: boulot, famille, couple, amitiés, et même dans les Fraternités.

Mais bon sang, qu’est-ce que j’avais donc, pour souffrir comme ça ?

Ma famille m’avait convaincue que j’étais folle, j’en avais même demandé et obtenu le statut! Il paraît que ça expliquait tout, et que c’était de ma faute si ça durait depuis si longtemps, mais qu’ils m’aimaient bien quand même…

J’avais 55 ans quand mon père est mort. J’étais déjà en plein burn-out, suite à maltraitances au boulot. Ma famille ne me soutenant absolument pas, bien au contraire, j’ai rompu avec eux.

J’avais 56 ans quand j’ai fait ma première réunion SIA,

où je venais en tant que «pro-survivante» en mémoire de ma sœur (morte d’un cancer du sein), la seule qui avait osé dénoncer, ne pas minimiser les agissements sexuels paternels…

Je venais à Paris pour autre chose, qui finalement n’a pas eu lieu, et j’avais casé cette réunion dans mon emploi du temps de ce jour-là pour «rentabiliser» mon voyage à Paris. J’ai parlé du proxénète que j’avais connu vers 17-21 ans, qui avait failli réussir à me mettre sur le trottoir, mais à qui j’avais pu échapper. J’ai parlé du verrou que ma sœur, adolescente, avait acheté et posé elle-même sur la porte de sa chambre, pour pouvoir s’y enfermer et dormir sans être dérangée par Papa. J’ai parlé de la peinture intitulée «L’inceste» qu’elle avait peinte pendant son cancer. J’ai acheté quelques brochures SIA, mais pas vraiment pour moi, juste dans l’idée de mieux comprendre une de mes filleules AA.

Rentrée chez moi, j’ai lu ces brochures, et mon corps m’a violemment manifesté qu’il se passait quelque chose à ce niveau-là! Quand je lisais ces brochures, mon corps s’affolait : dos, ventre, cou, yeux… Quand je les rangeais, tout se calmait. J’ai compris que mon corps me disait que moi aussi j’étais concernée, et pas seulement par le biais de ma sœur. Directement. Moi aussi.

J’ai passé 3 à 6 mois à faire des «allers et retours dans ma tête»,

entre conviction que mon corps me disait que moi aussi, j’avais subi des choses glauques, et conviction que non, je suis folle, c’est rien… Mais quand même avec ce sentiment, comme une marée montante, que j’étais chez moi en SIA, que j’avais enfin trouvé la source, la racine, la cause profonde de tous mes symptômes. Alors, j’ai aussi fait des «allers et retours à Paris», pour aller en réunion, écouter, acheter d’autres brochures…

J’ai découvert les notions de mémoire traumatique, d’amnésie traumatique, d’impuissance apprise, de somatisation de l’indicible, l’innommable, l’impensable, d’idéalisation des abuseurs… Et je savais que tout ça, c’était ça, ça expliquait tout! Je le savais de l’intérieur, je le sentais, et je le niais aussi. Je ne pouvais pas croire une chose pareille. Mais enfin, tout ça prenait sens!!!

J’ai examiné mon enfance:

Regardé d’un autre œil ma famille et ses innombrables dysfonctionnements. J’ai continué de me rétablir en suivant les 12 étapes, déjà familières. J’ai mieux compris certains rêves ou cauchemars d’autrefois, et aussi diverses remarques et questions de thérapeutes, lors de stages de thérapie que j’avais tentés, au cours de ma vie. J’ai tout ré-examiné, mené l’enquête sur mon passé, celui de ma famille, et même de mes aïeules. Beaucoup de «blancs», d’énigmes, encore.

Mon corps continue de s’exprimer. Lors de séances de Qi Gong, d’eutonie, c’est-à-dire dans des contextes parfaitement paisibles, qui n’avaient absolument rien de triste ni de sexuel, j’ai eu des «remontées» terribles, tantôt de désespoir, tantôt de souvenirs sexuels ou violents. C’est mon corps qui a les infos. Désormais, je l’écoute de mon mieux, aussi terrible que ce soit, car cela seul pourra me permettre de me soigner, me libérer, apaiser ces horreurs.

Je continue d’osciller entre déni, réminiscences, refus, dégoût… Et surtout, je «traverse les flammes» de terreurs sans nom, je secoue grain de sable par grain de sable la montagne d’impuissance qui me paralysait. Je surnage pour ne pas me noyer dans cet océan de désespoir. 24 heures, ou 24 minutes, ou 24 secondes à la fois.

Je ne suis plus suicidaire.

Mon hypersomnie ne se manifeste plus que rarement, quand je suis à nouveau pétrifiée d’impuissance.

Je contrebalance mes angoisses en cultivant la foi en mon rétablissement, en changeant le 1% de ma vie que je peux changer, ici et maintenant, concrètement et intérieurement.

Je me laisse traverser par mes émotions, sans passages à l’acte mais avec des «mises en acte» plus constructives. Je pose beaucoup d’actes symboliques, libérateurs. J’écris. J’apprends à prendre soin de moi, de ma petite fille intérieure maltraitée, bafouée, violée, presque tuée. Je repère de mieux en mieux, et arrive de mieux en mieux à éviter, les situations et personnes maltraitantes.

Je ne suis ni folle ni malade mentale ni coupable: j’étais victime. Je deviens survivante. Peut-être même qu’un jour, je serai carrément vivante! Merci SIA!!!


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Abus sexuel par mon frère: Témoignage SIA

J’ai grandi dans une famille de trois enfants.

J’étais le dernier. Nos deux parents travaillaient beaucoup et disposaient de peu de temps pour nous. Un jour, mon frère aîné, âgé de quatorze ans (j’en avais dix), s’est approché de moi avec un air méchant que je ne lui connaissais pas. Je me suis éloigné mais il s’est mis à me poursuivre. Il m’a saisi, m’a mis à terre et a cherché à retirer mon pantalon. J’ai lutté de toutes mes forces mais il était plus puissant. Il est parvenu à le baisser et m’a maintenu ainsi un certain temps tout en se moquant de moi.

À de nombreuses reprises, durant plusieurs mois, il a recommencé ce scénario exactement à l’identique.

Progressivement, j’ai pris l’habitude de ne plus réagir, pensant qu’il finirait par arrêter si je ne manifestais plus rien. C’est effectivement ce qui s’est produit, mais il a fallu longtemps. Je n’ai pas le souvenir précis du moment ni du lieu où j’ai informé ma mère. Je me souviens seulement qu’elle m’a répondu qu’il « allait mal ». Probablement lui a-t-elle dit de cesser mais ni lui ni moi n’avons vu de psychologue. Ma mère m’a par ailleurs expliqué que je causerais du tort à la famille si j’en parlais. Je me suis tu. À partir de ce moment, la relation avec mon frère a toujours été malsaine, oscillant entre honte, crainte et (étrangement) culpabilité.

Ces agressions ayant été banalisées par la famille, je les ai moi-même considérées comme secondaires durant des décennies. C’est seulement trente ans plus tard, avec l’aide de psychologues et d’accompagnateurs spirituels, que j’ai pu mesurer leurs conséquences: Fantasmes sexuels obsessionnels (totalement absents auparavant), masturbation compulsive, anxiété pathologique, tristesse, idées morbides, manque général d’énergie, irritabilité, sensation permanente de boule au ventre, sentiment envahissant d’absurdité et d’irréalité, confiance en moi défaillante, difficulté à nouer des relations stables, fréquente dissociation entre le corps et l’esprit.

Avec le recul, je vois nettement que ma vie a été abîmée par ces agressions et par le silence imposé à leur sujet.

Au-delà des symptômes physiques qu’elles ont créés, l’omerta qui s’est instaurée autour d’elles m’a conduit à douter de mes sensations de manière problématique. Je me demandais sans cesse ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas. Cette incertitude s’est révélée handicapante dans ma vie car j’ai longtemps eu les pires difficultés à analyser les situations, à discerner le bien du mal et à prendre des décisions.

De manière très concrète, je dois aussi constater que je n’ai pas été en mesure de fonder un foyer, ce qui est un regret. D’abord un grand complexe m’a très longtemps accompagné au plan sexuel ; en outre, il m’est très difficile d’éprouver un désir persistant dans la durée : la sexualité est à la fois très présente dans mon esprit et insuffisamment dans mon corps. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, j’ai systématiquement perdu mon désir pour une femme après les premiers rapports physiques avec elle.

Vers quarante ans, j’ai éprouvé l’impérieux besoin de comprendre ce qui s’était passé.

Afin d’éviter les diversions et les manipulations que permet l’oralité, j’ai écrit à mon frère puis à mes parents. J’ai compris à leurs réponses très embarrassées qu’ils avaient conscience de la gravité des faits mais ne voulaient en parler à aucun prix. J’ai donc dû prendre mes distances, malgré les pressions, afin de préserver ma santé.

C’est peu après que j’ai découvert SIA grâce au site internet de l’association.

Dès la première réunion, j’ai senti que j’étais « chez moi », dans un espace sûr, avec des gens qui parlaient la même langue. Y venir régulièrement pour écouter et parler m’a fait le plus grand bien. J’ai compris que ma situation était partagée par d’autres et que des solutions existaient pour aller mieux, à condition de ne plus nier les agressions. La littérature SIA m’a été très utile pour comprendre les mécanismes d’emprise qui sont mis en place par les familles pour garder le secret. J’ai aussi apprécié l’esprit de liberté et l’absence de jugement qui caractérise ces réunions. Aujourd’hui, je continue à les fréquenter avec bienveillance et reconnaissance. 


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