Abus sexuel par mon frère: Témoignage SIA

J’ai grandi dans une famille de trois enfants.

J’étais le dernier. Nos deux parents travaillaient beaucoup et disposaient de peu de temps pour nous. Un jour, mon frère aîné, âgé de quatorze ans (j’en avais dix), s’est approché de moi avec un air méchant que je ne lui connaissais pas. Je me suis éloigné mais il s’est mis à me poursuivre. Il m’a saisi, m’a mis à terre et a cherché à retirer mon pantalon. J’ai lutté de toutes mes forces mais il était plus puissant. Il est parvenu à le baisser et m’a maintenu ainsi un certain temps tout en se moquant de moi.

À de nombreuses reprises, durant plusieurs mois, il a recommencé ce scénario exactement à l’identique.

Progressivement, j’ai pris l’habitude de ne plus réagir, pensant qu’il finirait par arrêter si je ne manifestais plus rien. C’est effectivement ce qui s’est produit, mais il a fallu longtemps. Je n’ai pas le souvenir précis du moment ni du lieu où j’ai informé ma mère. Je me souviens seulement qu’elle m’a répondu qu’il « allait mal ». Probablement lui a-t-elle dit de cesser mais ni lui ni moi n’avons vu de psychologue. Ma mère m’a par ailleurs expliqué que je causerais du tort à la famille si j’en parlais. Je me suis tu. À partir de ce moment, la relation avec mon frère a toujours été malsaine, oscillant entre honte, crainte et (étrangement) culpabilité.

Ces agressions ayant été banalisées par la famille, je les ai moi-même considérées comme secondaires durant des décennies. C’est seulement trente ans plus tard, avec l’aide de psychologues et d’accompagnateurs spirituels, que j’ai pu mesurer leurs conséquences: Fantasmes sexuels obsessionnels (totalement absents auparavant), masturbation compulsive, anxiété pathologique, tristesse, idées morbides, manque général d’énergie, irritabilité, sensation permanente de boule au ventre, sentiment envahissant d’absurdité et d’irréalité, confiance en moi défaillante, difficulté à nouer des relations stables, fréquente dissociation entre le corps et l’esprit.

Avec le recul, je vois nettement que ma vie a été abîmée par ces agressions et par le silence imposé à leur sujet.

Au-delà des symptômes physiques qu’elles ont créés, l’omerta qui s’est instaurée autour d’elles m’a conduit à douter de mes sensations de manière problématique. Je me demandais sans cesse ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas. Cette incertitude s’est révélée handicapante dans ma vie car j’ai longtemps eu les pires difficultés à analyser les situations, à discerner le bien du mal et à prendre des décisions.

De manière très concrète, je dois aussi constater que je n’ai pas été en mesure de fonder un foyer, ce qui est un regret. D’abord un grand complexe m’a très longtemps accompagné au plan sexuel ; en outre, il m’est très difficile d’éprouver un désir persistant dans la durée : la sexualité est à la fois très présente dans mon esprit et insuffisamment dans mon corps. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, j’ai systématiquement perdu mon désir pour une femme après les premiers rapports physiques avec elle.

Vers quarante ans, j’ai éprouvé l’impérieux besoin de comprendre ce qui s’était passé.

Afin d’éviter les diversions et les manipulations que permet l’oralité, j’ai écrit à mon frère puis à mes parents. J’ai compris à leurs réponses très embarrassées qu’ils avaient conscience de la gravité des faits mais ne voulaient en parler à aucun prix. J’ai donc dû prendre mes distances, malgré les pressions, afin de préserver ma santé.

C’est peu après que j’ai découvert SIA grâce au site internet de l’association.

Dès la première réunion, j’ai senti que j’étais « chez moi », dans un espace sûr, avec des gens qui parlaient la même langue. Y venir régulièrement pour écouter et parler m’a fait le plus grand bien. J’ai compris que ma situation était partagée par d’autres et que des solutions existaient pour aller mieux, à condition de ne plus nier les agressions. La littérature SIA m’a été très utile pour comprendre les mécanismes d’emprise qui sont mis en place par les familles pour garder le secret. J’ai aussi apprécié l’esprit de liberté et l’absence de jugement qui caractérise ces réunions. Aujourd’hui, je continue à les fréquenter avec bienveillance et reconnaissance. 


Pour savoir si SIA est pour vous, vous pouvez tout d’abord répondre aux 20 questions de SIA. Comment définit-on l’inceste à SIA, ou quelles sont les caractéristiques des survivants d’abus sexuel? D’autre part, vous pouvez aussi commander des publications, ou bien lire nos témoignagesAssister à une réunion, ou encore découvrir notre programme en 12 étapes. Vous pouvez enfin consulter les questions fréquentes ou nous écrire.


Photographe pédophile, photos de mineure: Témoignage SIA

Je viens d’emménager et de quitter ma mère. 

Je n’ai que 16 ans, je vis seule. 

J’ai des voisines dans la même situation de 2 ans mes aînées.  C’est le même propriétaire qui a tout l’immeuble. 

Le hasard fait que ce propriétaire est un ami de mon grand-oncle. Mon grand-oncle qui m’a abusée. Le propriétaire voudra lui aussi qu’on aille diner tous les 2 au restaurant. Avec beaucoup d’angoisse j’arriverai à refuser. 

Mes voisines me proposent de poser nue pour un vieux photographe.

En spécifiant bien que c’est du nu académique : « Comme les modèles pour les Beaux-Arts !» 

Là-dessus, avec le photographe, planait un flou « artistique ». 

Je préférais le déni comme on dit à SIA. 

J’étais payée 300 Francs par séance. Le montant de mon loyer. Je devais bien me douter que ce n’était pas le tarif qu’aurait pu y mettre un artiste sans le sou. 

Je vais donc voir ce vieux photographe. Il me fait une série de clichés sur son lit. C’est sale et vieux chez lui dans son minuscule studio de célibataire.  Il est correct. Je me dis que c’est un artiste. 

Je suis tellement émue que je suis sûre de ne pas avoir réussi ces clichés. Pourtant, je deviendrai sa muse pendant 10 ans. Je comprends maintenant que c’est ma dissociation et mon émotion qui les intéressait. Me sentir mal à l’aise, jeune et offerte. 

Il fallait être expressive et je réussissais bien. Il y avait une part de comédie. 

Chez moi, enfin chez mes parents (ma mère et mon beau père ) le naturisme était de mise et je croyais qu’être nu était naturel. Je ne voyais pas le mal. 

Des décennies plus tard, je revois ma mère. Très fière, elle me montre un nu sur un tableau. C’est moi. Elle me montre une de ces photos de moi qu’elle avait, je ne sais d’où. Elle l’avait peinte.  Sans me demander. Pendant toutes ces années où on ne s’est pas vues elle était devenue peintre. Elle a dû rester des heures avec moi, nue. 

Ces photos prises par un homme pour des hommes, je ne voulais pas savoir ce qu’ils en faisaient. 

Je me rends compte maintenant et avec mes lectures. Comme celle de Springora. Que ces mecs étaient des pédophiles. J’avais un côté naïf qui transparaissait dans mes photos. Je suppose que c’est ce qu’à dû voir ma mère en me peignant aussi. 

Le photographe avait voulu que l’on fasse une séance dans le jardin chez ma mère. Et je n’avais pas pu comprendre pourquoi à l’époque. Je suppose maintenant que c’était pour s’assurer qu’il ne risquait rien du côté de ma mère. 

Toutes les copines féministes de ma mère étaient au rendez-vous. A table, sous le marronnier. J’ai cru que c’était un hasard. 

A la fin de la séance, on a pris un thé. Elles m’ont démontée. Que ça ne défendait pas la cause des femmes. Et ma mère de se ranger de leur côté. Elle qui prônait le naturisme et la liberté sexuelle. 

Le photographe m’a ensuite présentée à un couple d’amis. On a fait une très belle série de photos au bord de la rivière. 

Ils ont voulu que je pose chez eux. 

J’étais sur le lit. L’ambiance était lourde. 

La fille, très moche, a voulu que l’on pose ensemble. Elle a commencé à mettre sa main sur moi, là, j’ai compris. Je les ai recadrés très professionnellement. Du haut de mes 17 ans. Mais j’étais très mal.

Une autre fois, c’était pour la couverture d’un magazine de photos connu. Je devais avoir seulement les seins nus avec une canne à pêche dans la main, au bord de la rivière. 

Au retour, j’étais à l’arrière de la voiture. L’éditeur me dit me balance une revue en me disant : « Celui-ci vient de sortir ». C’était un magasine d’annonces porno de particuliers. J’étais super mal. Mais je faisais genre : « tout est normal ». Je n’avais pas le choix. 

Plus tard, j’ai voulu continuer à Paris. J’étais le modèle des séances de formation de photographes amateurs organisés par une grande marque de photo. 

Lors du Festival d’Avignon, j’ai un photographe et une copine modèle qui me disent de prolonger le week-end avec eux et qu’on rentrerait ensemble sur Paris en voiture. Je laisse filer mon billet d’avion. Puis, ils me plantent et je me retrouve en pleine cambrousse. Plus d’hôtel: j’appelle mon ex.  Désespérée.

« J’en peux plus. Fais quelque chose ! »

C’est moi qui ramenais l’argent à cette époque. Il me plante et en avait rien à foutre. Je me sens vraiment abandonnée. 

Puis un amateur a publié une photo sans mon consentement. Une photo crade, avec une serviette éponge entre les jambes. J’ai attaqué. L’enseigne de la photo l’a très mal pris. Ça a été la fin de ma carrière de modèle. 

A la fin c’était une angoisse terrible chaque fois que j’allais faire une séance photo. Et je ne comprenais pas pourquoi. 


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